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Rencontre avec Jean-Luc MINET, directeur général chez Expanso Capital et directeur Filiales et participations à la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes

Photo JL Minet

Pour prendre part à la relance, nombre d’entreprises vont avoir besoin de consolider leurs fonds propres, après avoir été durement touchées par la crise du Covid-19. Il existe des alternatives aux aides de l’Etat, comme le démontrent les solutions de financement mises en place par la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes, en soutien aux entreprises de la région. Les explications de Jean-Luc Minet, directeur général chez Expanso Capital et directeur Filiales et participations à la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes.

 

En quoi consiste votre activité au sein de la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes ?

Notre direction a 3 activités. Elle gère et anime le fonds d’investissement de proximité Expanso Capital, un fonds propriétaire qui a pour objectif d’accompagner nos clients actuels et à venir. Elle répond également aux demandes des arrangeurs de la place – dont notre filiale Hélia Conseil – sur les crédits syndiqués corporate (entreprises, holding de contrôle et sociétés de projets). Nous avons en effet une structure bancaire dédiée à l’arrangement de dette, notamment émanant de la part d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). Mon expertise s’est concentrée durant une grande partie de ma carrière sur ce segment et aujourd’hui j’anime notre nouvelle offre en crédit-bail immobilier. Nous avons fait le choix de traiter le crédit-bail en direct, en endossant à la fois le rôle de banquier et de bailleur pour nos clients. Très peu d’établissements bancaires procèdent ainsi.

 

D’après vous, quels impacts la crise du COVID-19 a-t-elle sur la croissance des entreprises ?

Il est trop tôt pour les affirmations, la crise sanitaire n’est pas terminée et les mesures de soutien de de l’Etat ont différé les problèmes de trésorerie. Sans compter que les sociétés n’ont pas encore bouclé leurs comptes 2020 et évalué leurs pertes éventuelles. Les fonds et banques anticipent toutefois des défaillances importantes et les demandes de recapitalisation devraient apparaître au printemps 2021. Il faut également considérer que la décision de faire entrer un fonds au capital peut prendre du temps, de même que de monter un dossier. Sans véritable plan de relance, il est difficile de convaincre des investisseurs. Les fonds se tiennent cependant mobilisés pour soutenir leurs affiliés.

 

Comment la Caisse d’Epargne, et plus particulièrement sa filiale régionale Expanso Capital, peuvent aider les entreprises à passer le cap de cette crise ?

Expanso Capital a investi à ce jour 10 M€, dans 40 entreprises petites ou moyennes. Sa particularité : proposer des tickets de proximité, pour moins de   500 000 €. Peu d’acteurs disposent de ce type de solution, qui répond par exemple aux enjeux de start-ups ou de holdings de reprise. Nous prenons une position toujours minoritaire et le plus souvent en co-investissement avec d’autres fonds régionaux. Ce fonds maintient une activité forte, avec un quasi doublement des investissements sur 2020. Nous sommes plus que jamais à l’écoute de nos affiliés pour les aider à rebondir.

 

Existe-t-il également une solution dédiée à la reprise économique ?

Beaucoup d’établissements bancaires se contentent d’attendre les demandes, mais nous avons choisi de prendre les devants. Dès le mois de juin 2020, nous avons créé le fonds Rebondir Nouvelle Aquitaine, dédié à la relance. Expanso Capital n’a pas la capacité humaine et financière de faire plus de 4 à 5 investissements annuels, plafonnés à 500 000 € par opération. Aussi avec Rebondir Nouvelle Aquitaine, nous avons pour objectif d’anticiper les besoins de nos clients en termes de recapitalisation. Le fonds ne se positionnera donc pas sur le même type de dossier que Expanso, dont les vocations sont différentes.
Rebondir Nouvelle Aquitaine s’adresse à nos PME clientes ayant affiché une bonne santé financière en 2019, mais mises en difficulté par la crise. Elles doivent être en capacité de se redresser plus rapidement grâce à un apport en fonds propres, ou quasi fonds propres. Les tickets seront compris entre 500 000 € et 2 M€ et, là encore, nous avons l’intention de demeurer minoritaire et de ne pas nous immiscer dans la gestion de l’entreprise.
Nous n’avons pas fixé de contraintes externes sur la nature des financements, qui pourront ainsi être des actions comme des obligations, des obligations convertibles en actions ou encore des obligations à bons de souscription d’actions. L’essentiel est que la solution soit adaptée aux besoins de notre client.
L’horizon d’investissement est de plus de 5 ans sur les obligations, de 7 à 8 ans environ sur les actions. Ce fonds de capital développement est géré par notre filiale bordelaise, Galia Gestion à laquelle nous adresserons les demandes de nos clients. Il est le résultat d’un partenariat avec nos cousins de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique.

 

Quel type d’entreprise pourrait être intéressé par l’offre de Rebondir Nouvelle Aquitaine ?

Je pense que cela tient plus au profil des dirigeants qu’au secteur d’activité. On peut, bien entendu, s’attendre à être consultés par le secteur de l’hôtellerie, de la restauration, ou le monde de la culture ou du théâtre, fortement touchés par la crise. Toutefois, les premiers dossiers que nous avons reçus sont en dehors de ces secteurs.
L’essentiel réside surtout dans la capacité des dirigeants à anticiper, à se projeter dans l’avenir. Il faut en effet se souvenir que les mesures de soutien de l’Etat et les PGE (prêts garantis par l’Etat) vont durer jusqu’en juin 2021. Les entreprises vont sans doute essayer de tirer parti au maximum des dispositions de ce PGE. Toutefois, elles ne doivent pas oublier qu’il s’agit de dette, qui ne règlera que des problèmes de trésorerie à court terme, sans améliorer leur bilan. Une fois les PGE bouclés, le crédit risque de se tarir. Les dirigeants qui veulent anticiper cela, mais aussi se concentrer sur la reprise de leur activité, doivent y penser dès aujourd’hui, avant que les possibilités de financement, notamment via des fonds, ne se tarissent elles aussi. La solidité du bilan est un élément clé de la crédibilité d’une entreprise, face aux banques, mais aussi à ses clients et fournisseurs. Les dirigeants doivent réfléchir aux solutions permettant de la préserver.

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